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A l'heure du thé
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23 mai 2012

Détente

Il aura fallu quasiment sept mois pour que je m'autorise enfin à faire l'andouille dans ma classe. D'habitude il me faut quelques semaines. Le temps de les mater, de leur montrer qui est le chef et ça roule. J'ai un naturel de clown, je ne peux pas m'en empêcher, les déguisements, les chorégraphies délirantes, les imitations débiles, si je n'ai pas mal à la tête c'est mon mode normal de fonctionnement. Et en général les nains adorent, limite je fais ma discipline avec ça. (vous êtes infects= je ne danse pas, punition suprême). Si je peux me permettre d'agir comme ça c'est que je commence toujours par être un dragon. On ne peut pas danser la mort du cygne avec une guirlande sur la tête pendant le goûter si on ne maîtrise pas sa classe à fond. Globalement j'ai toujours eu des nains qui m'obéissaient au doigt et à l'oeil sans jamais avoir besoin de crier. Et quand ça c'est en place, le reste marche tout seul. Mais cela nécessite d'être absolument intransigeant(e) sur la discipline, la politesse et tout le reste.

Or cette année le démarrage a été vraiment atroce. La classe la plus difficile que j'aie jamais eue, je pense. Mais ça c'est un grand classique, celle qui débarque dans une école se tape tous les rebuts dont plus personne ne veut, que plus personne ne supporte. Hop cadeau pour la nouvelle, on se débarrasse. Dès les premières semaines on m'a dit "oh ben dis-donc, tous les affreux de l'année dernière sont chez toi..." Tu m'étonnes. Et pendant des mois je suis allée bosser avec une boule au ventre, en passant 100% de mon temps à ne faire que du dressage de bête sauvage. Des mômes de 4 ans imbus d'eux-mêmes et caractériels, dont les parents ont abandonné l'idée même de leur inculquer la moindre once de discipline. Pendant des mois je n'ai fait que ça en ayant l'impression tous les matins d'être obligée de tout reprendre à zéro. Mais je n'ai jamais lâché, je n'ai jamais cédé d'un pouce. C'était eux ou moi.

Je m'étais faite à l'idée d'être une sorcière jusqu'à la fin de l'année avec ces gosses que je détestais. Heureusement que j'ai une collègue avec qui je me marre comme une baleine, avec qui l'on invente des supplices imaginaires plus ignobles les uns que les autres à leur infliger, c'est parfois nécessaire pour ne pas péter un câble. Et puis les phrases du type "c'est incroyable comme avec toi ils sont calmes" ou "mais comment tu fais pour les tenir comme ça alors que partout ailleurs ils sont odieux?" sont arrivées de la part des atsems ou des collègues de langues qui sont parfois totalement dépassées avec leur groupe de 8 alors que chez moi ils sont 30. Peu à peu j'ai constaté que pendant les ateliers, je pouvais avoir un silence religieux de parfois un quart d'heure. Qu'ils étaient capables de descendre les escaliers en silence sans s'entretuer. (Bon, après en récré, je continue à compter les morts, ils redeviennent des animaux). Et peu à peu j'ai compris que je les avais eus. En leur parlant toujours d'une façon extrêmement polie, même lorsque je suis odieuse, en leur parlant doucement, sans hausser la voix. Avec aussi une utilisation massive du regard qui tue. (Le regard qui tue les fait devenir touts blancs, même plus besoin de leur parler.) Je pense que je me suis fait craindre et que c'était nécessaire dans leur univers de petit prince/petite princesse sans limite. Je souhaite d'ailleurs bien du courage à tous ces parents qui ont peur d'être sévères avec leur gosse de peur qu'il ne les aime plus, j'aimerais les voir dans une dizaine d'années...

En maternelle, très souvent (de plus en plus souvent) on fait l'éducation que les parents n'osent plus faire. Pour moi cette année, ce n'était pas de l'éducation mais du dressage. Au premier degré, comme avec un animal. J'en ai vraiment bavé. Certains matins j'en ai chialé, tellement je n'avais pas envie d'y aller. Mais maintenant ça roule. La classe de ma copine et la mienne sont les plus disciplinées de l'école. Parce que je n'envisage pas une seconde qu'il puisse en être autrement. Et en dépit de ces longs mois de dragonnage, j'ai droit à des maîtresse je t'aime, des tonnes de dessins tous les matins, et des gosses qui boivent mes paroles et qui retiennent des trucs vachement pointus sur les animaux ou en ce moment les abeilles. Et maintenant je me lâche et je les fais rire. (Mais c'est toujours une lutte sans merci avec les quelques caractériels qui continuent inlassablement à me pourrir toutes mes journées).

Je suis quand même un peu fière d'y être arrivée. Mais je compte les jours pour en être débarrassée... Paraît que les petits qui montent sont nettement plus sympas. Et je peux te dire que cette année, je serai là lors de la répartition des classes, on ne me la refera pas deux fois....

 

 

 

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Commentaires
M
Toutes mes félicitations de mère de famille admirative, et de prof de graaaaands tout aussi admirative. (Et moi aussi j'aime bien faire le clown en cours. Même que parfois je fais la même blague au même moment du cours avec des groupes différents, comme dans les ouane ououman chauds).
F
Bravo :-)
G
C'est une inepsie de placer tous les enfants au comportement difficile dans une même classe (quand on pourrait faire autrement, bien sûr). Malheureusement ça se pratique dans certaines écoles, (rares quand même)... C'est vouer la classe à l'échec au départ et c'est un scandale ! épuisement de l'instit inévitable, si ce n'est de la déprime ou un congé de maladie. Et puis des gamins difficiles se sentent très forts en groupe et en rajoutent, alors que pris individuellement ce sont souvent des enfants qui manquent juste un peu d'éducation, ou pire des enfants qui sont en souffrance. Les tiens ont eu la chance d'avoir trouvé les limites qu'ils n'ont pas à la maison, et de pouvoir écouter, apprendre, se concentrer, et surtout rire et s'amuser...
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