Journée mondiale de lutte contre l'homophobie.

Il y a quelques jours dans ma ville une femme a été agressée et balancée sur les rails du tram par un mec bourré sous prétexte je cite que ça se voyait tout de suite qu'elle était lesbienne. Il n'a pas supporté. Donc il s'est levé et lui a cogné dessus. Un grand classique. C'est le genre de fait divers que je ne peux plus entendre. Que je ne peux plus accepter.
Ma préférence sexuelle et amoureuse ne se lit ni sur mon visage, ni dans ma démarche ou ma façon de me vêtir. Je ne suis a priori pas le genre de fille à me faire tabasser parce que ça se voit tout de suite que je suis lesbienne. (Je ne m'étendrai pas sur le nombre de femmes hétéros avec gosses qui ont l'air de véritables petits mecs, comme quoi l'apparence physique...) Mais lorsque je marche à côté de ma fiancée dans la rue, nous nous tenons à une distance respectable l'une de l'autre. D'une parce que nous détestons toutes les deux les démonstrations amoureuses en public (un couple hétéro qui se roule des pelles collés-serrés dans le tram je trouve ça assez répugnant), de deux parce que ce n'est pas la peine d'attiser la haine de ce genre de connards. On a beau dire que la société et les mentalités évoluent, on a beau vivre dans une grande ville, les agressions homophobes sont toujours aussi violentes et traumatisantes. Les bandes de mecs qui font les sorties de boîtes pour "casser du pédé", c'est hélas toujours d'actualité.
J'ai la chance de pouvoir habiter avec la femme que j'aime dans un pays qui a dépénalisé l'homosexualité (tardivement, mais il était temps, merci Mitterrand...) nous n'avons pas à nous cacher et mes amis homos ne sont pas persécutés en raison de leur préférence amoureuse. C'est loin d'être le cas de beaucoup d'autres couples harcelés et contraints à la dissimulation et au mensonge parce que leur simple présence, leur simple existence pose un problème à des gens à mon avis pas très au clair avec leur propre sexualité.
J'ai grandi en entendant des remarques homophobes d'une grande violence. Cela a rendu mon coming-out familial particulièrement difficile et douloureux. J'ai eu des soucis professionnels il y a une dizaine d'années lorsque je travaillais dans des bleds où l'on a su que je vivais avec une femme. Je n'ai jamais compris comment certains parents d'élèves pouvaient consacrer autant de temps et d'énergie à débattre de ma vie amoureuse. Ce genre de choses me dépasse. Depuis que je vis en ville, je respire.
La lutte contre l'homophobie, c'est peut-être avant tout cette prise de conscience que les homos doivent se battre pour avoir juste le droit d'exister, d'aimer, d'avoir le droit de sortir du troupeau, de la masse bien-pensante. Se créer sa vie hors-norme et pouvoir en profiter avec autant de liberté que ceux qui n'ont pas à se poser ces questions au quotidien. A mes yeux la lutte pour les droits des homos et celle pour les droits des femmes, c'est le même combat. Sortir de la pensée dominante machiste et hétérocentrée. Le chemin est long, les régressions des mentalités est une menace permanente, mais on continuera à se battre pour ne pas faire reculer des droits élémentaires. En tant que féministe convaincue et souvent révoltée, il me semblait indispensable de parler de cette lutte ici, car c'en est une, avec ce que cela comporte d'énergie et parfois de violence. Les homos assumés sont de plus en plus nombreux, il serait peut-être temps qu'on commence à les accepter et à leur foutre la paix, non?
C'était le billet sérieux du jeudi matin. Maintenant je vais courir. Je vous embrasse.