Bref, j'aime France Gall.
Entre l'âge de 12 et 16 ans, l'unique objectif de toute ma vie fut d'être chanteuse sur scène. Pas une chanteuse de studio, une chanteuse live avec des spots plein la tronche, du strampire sur le front et des gens qui allument des briquets dans la foule en délire comme dans La Boum 2. Excuse-moi d'utiliser des références culturelles d'époque, peut-être t'étais même pas né(e).
Or donc je chantais, à tue-tête, tous les soirs, et aussi tous les après-midis des grandes vacances, dans ma petite chambre exposée plein sud, volet fermé à bloc et lampe de bureau dans la figure en guise de poursuite immobile... Avec mon déo Eau Jeune (le vert) dans la main en guise de micro, j'ai fait salle comble tout l'été. Et cassé les c.... de mes parents et voisins pendant des années. J'aurais donné tout ce que j'avais à l'époque (tous mes posters de Sophie Marceau) pour chanter Starmania sur scène. Starmania, si tu veux, c'est le truc que j'ai le plus chanté au monde. Je mettais la cassette vers 21h (tu vois comme je suis vieille, de mon temps on avait des cassettes) et je chantais Starmania du début à la fin, toutes les chansons, tous les personnages. J'ai vécu chaque seconde de cet opéra-rock, il n'y a pas une parcelle de ma peau qui n'ait pas été entièrement Marie-Jeanne, Ziggy ou Stella Spotlight. Je crois que Starmania, pendant des années, ça a été toute ma vie. Et chaque fois que je chantais Les adieux d'un sex symbol, je finissais en larmes, la voix cassée comme Diane Dufresne. Des fois je me dis que je suis passée à côté de ma vocation ;)
Aujourd'hui encore, lorsque je reconnais les premières secondes de Quand on arrive en ville ou n'importe quelle autre chanson, je suis possédée par l'esprit de Luc Plamondon et Michel Berger, je danse, je chante, je fais le show. C'est incontrôlable.
Un été j'ai découvert (découvert vraiment, ce qui chez moi signifie chanter l'album en boucle 10 fois par jour pendant 2 mois) France Gall. Plus précisément cet album-là:

Et cet album-là, c'était comme Starmania. Quand je l'écoutais, je devenais France Gall, j'avais les pieds sur la scène du Zénith et je te jure que je chantais comme si toute ma vie en dépendait. (Après, quand on aura le temps, on pourra se demander pourquoi j'ai éprouvé si longtemps un tel besoin de disparaître dans la musique des autres, comme si toute ma vie et toute mon âme étaient contenues dans ces chansons...) France Gall m'a toujours touchée. Je sais que certaines de ses chansons sont d'une niaiserie digne d'un roman de Marc Lévy, je sais que sa voix dans ses débuts est totalement insupportable. Mais j'aime France Gall. C'est plus fort que moi. J'ai aimé son histoire d'amour avec Michel Berger. Ces deux-là m'ont accompagnée dans toute ma jeunesse. Il m'est impossible de ne pas me lever pour danser quand j'entends la groupie du pianiste. France Gall a merveilleusement accompagné mes heures de solitude et d'ennui. J'ai été une ado terriblement mélancolique, je pleurais tout le temps, et dans ses chansons, j'avais l'impression de comprendre un peu pourquoi j'étais si triste.
Plus tard la voix de velours de Maurane m'a fait ce même effet de réveilleur et consolateur de peines. Ca t'ouvre toutes tes blessures et en même temps ça les berce. Mais ça n'aide pas à sortir de sa bulle...
J'ai été très longtemps une fille dans une bulle. Aujourd'hui que j'en suis un peu sortie, j'ai pour mes anciens compagnons de cocon une immense tendresse et une grande émotion.
J'ai commandé hier le CD du Zénith de France Gall et de la 2e version de Starmania, celle avec Maurane. Ca tombe bien c'est bientôt les vacances...
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